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Rats résistants aux raticides : comment le reconnaître et que faire

Les postes d’appâtage sont réapprovisionnés chaque mois, les appâts disparaissent, et pourtant les rats sont toujours là. C’est l’une des situations que nous rencontrons le plus souvent chez les industriels et les collectivités. Une explication fréquente : la population est devenue résistante aux anticoagulants, les substances utilisées dans la plupart des raticides. Voici comment le reconnaître, le confirmer et en sortir.

Ce que l’on sait de la résistance des rats en France

Les raticides anticoagulants bloquent une enzyme du rat nécessaire à la coagulation du sang. Certaines mutations du gène qui code cette enzyme (le gène VKORC1) rendent le rat moins sensible, voire insensible, à une partie de ces substances. Ces rats survivent aux appâts, se reproduisent et transmettent la mutation.

Les travaux menés en France, notamment à VetAgro Sup (Lyon), montrent que ces mutations sont répandues chez le rat brun, et que la résistance varie selon la mutation et la substance active. En clair, un appât efficace sur un site peut ne plus l’être sur un autre, et une population peut devenir résistante sans que rien ne change dans le contrat de dératisation.

Les chiffres publiés par l’équipe de Virginie Lattard (INRAE, VetAgro Sup) montrent la progression de la mutation la plus répandue en France, Y139F :

  • en 2010, elle représentait 21 % des allèles du gène chez près de 300 rats bruns prélevés sur 91 sites ;
  • entre 2014 et 2015, sa fréquence dépassait 60 % sur 51 sites répartis dans 18 départements ;
  • à Paris, des résultats préliminaires la situent autour de 40 %, avec de fortes différences d’un site à l’autre.

Quels raticides sont concernés

Les rats porteurs des mutations les plus répandues (Y139F, Y139C, L120Q) résistent fortement aux anticoagulants de première génération (warfarine, coumatétralyl, chlorophacinone) et à la bromadiolone, et plus modérément au difénacoum. Ils restent sensibles aux substances les plus puissantes, comme le brodifacoum, la difethialone ou le flocoumafène.

Ces dernières sont aussi les plus persistantes : selon les auteurs, elles restent jusqu’à plusieurs centaines de jours dans les tissus. Passer à une substance plus forte peut régler le problème du site, mais augmente le risque d’empoisonnement secondaire pour les rapaces, les renards, les chats et les chiens qui consomment des rongeurs intoxiqués.

Les signes qui doivent alerter

  • Les appâts sont consommés régulièrement, mais l’activité ne baisse pas après plusieurs semaines de traitement bien conduit.
  • De nouveaux terriers apparaissent alors que le site est appâté en continu.
  • Des rats sont vus en journée, parfois près des postes, signe d’une population nombreuse.
  • Peu ou pas de cadavres malgré une forte consommation d’appâts.
  • Les écarts se répètent d’un audit à l’autre sur les mêmes zones.

Résistance ou autre cause ? Les vérifications à faire d’abord

Un échec de dératisation n’est pas toujours une résistance. Avant de conclure, il faut écarter les causes les plus simples :

  • Une nourriture concurrente abondante : céréales, déchets, aliments pour animaux. Les rats délaissent les appâts.
  • Des postes mal placés, loin des coulées réellement utilisées.
  • Une méfiance des rats face aux nouveaux objets : ils évitent les postes plutôt que de les vider.
  • Une recolonisation depuis un terrain voisin non traité.
  • Une consommation par d’autres animaux : souris, oiseaux, faune non visée.

Comment confirmer une résistance

La résistance se confirme par une analyse génétique. Elle se fait à partir de prélèvements, par exemple des crottes ou des tissus de rats capturés, envoyés à un laboratoire spécialisé. Le résultat indique l’espèce (rat brun ou rat noir) et la présence de mutations connues. C’est la seule façon de savoir quelles substances restent efficaces, et lesquelles sont à abandonner.

Lors d’un diagnostic Mustelio, nous pouvons réaliser ces prélèvements et vous transmettre le résultat, à vous et à votre prestataire.

Que faire face à une population résistante

Ne pas augmenter les doses à l’aveugle

Multiplier les postes ou les réapprovisionner plus souvent ne règle pas le problème si la substance n’agit plus. Cela augmente en revanche le risque pour les animaux non visés : chiens, chats, rapaces et renards qui consomment des rats intoxiqués. Le choix d’une autre substance active relève de votre prestataire certifié, au vu de l’analyse.

Faire baisser la population avec des moyens non chimiques

Une population résistante peut être réduite rapidement par des méthodes qui ne dépendent pas de sa sensibilité aux anticoagulants :

  • le furetage, sur les terriers extérieurs : les rats sont délogés et capturés en surface, comptés pendant l’intervention ;
  • le piégeage mécanique, posé et relevé par des techniciens ;
  • le tir sanitaire de nuit, à la vision thermique, sur les sites où il est autorisé.

Une précaution pour le furetage : pour la sécurité des furets, aucun appât ne doit avoir été utilisé dans les terriers et à leurs abords depuis au moins 35 jours. Sur un site appâté récemment, les autres moyens de capture prennent le relais en attendant.

Quand la situation presse, notre offre Rescue Rat combine ces moyens avec une détection canine Pest Detect et intervient sous 48 heures. Le forfait d’urgence est de 2 200 € HT, hors frais kilométriques et hébergement.

Supprimer ce qui attire les rats

Sans nourriture, sans eau et sans abri, une population ne se reconstitue pas. Conteneurs fermés, déchets évacués, stocks surélevés et éloignés des murs, végétation dégagée au pied des façades, trous et passages de gaines obturés : ces mesures font partie du traitement, pas d’un supplément.

Un exemple

Sur un site aéronautique en Île-de-France, nos furets ont prélevé 34 rats en trois heures sur des terriers installés au pied des bâtiments. Le comptage, remis au client, a permis de mesurer immédiatement l’effet de l’intervention, ce qu’un traitement par appâts ne permet pas.

En résumé

  1. Des appâts consommés sans baisse de l’activité doivent faire penser à une résistance.
  2. Écarter d’abord les causes simples : nourriture concurrente, postes mal placés, recolonisation.
  3. Confirmer par une analyse génétique.
  4. Réduire la population par des moyens non chimiques, puis adapter le plan de lutte.

Questions fréquentes

Un rat résistant est-il insensible à tous les raticides ?

Non. Les mutations les plus répandues rendent les substances les plus anciennes inefficaces, mais pas les anticoagulants les plus puissants. Ces derniers posent en revanche davantage de risques pour la faune non visée.

Faut-il arrêter les appâts avant une intervention de furetage ?

Sur les terriers à fureter, oui : aucun rodenticide ne doit y avoir été utilisé depuis au moins 35 jours. Le reste du dispositif de votre prestataire peut continuer. Nous définissons les zones avec vous.

Le furetage remplace-t-il mon contrat de dératisation ?

Pas nécessairement. Il traite les terriers où les appâts échouent ou ne sont pas souhaités, en complément du plan en place. Voir furetage ou rodenticides.

Des rats qui résistent sur votre site ?

Décrivez-nous la situation : traitements en place, depuis quand, zones touchées. Nous revenons vers vous avec un diagnostic. Vous pouvez aussi consulter nos tarifs et nos questions fréquentes.

Demander un diagnostic · 03 80 49 68 70

Sources

  • Lattard V., « La gestion des populations de rats et la résistance aux anticoagulants raticides », Bulletin de l’Académie vétérinaire de France, 2023 (doi.org/10.3406/bavf.2023.71056).
  • Grandemange A. et al., « Distribution of VKORC1 single nucleotide polymorphism in wild Rattus norvegicus in France », Pest Management Science, 2010.
  • Berny P. et al., « Accumulation of chlorophacinone in susceptible and resistant Norway rat strains », Julius-Kühn-Archiv 432, 2011 (doi.org/10.5073/jka.2011.432.026).

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